24 Mars 1943. Ce jour-là, un commando de Francs tireurs partisans va exécuter Yves Thery, un commissaire de police et deux autres membres des forces de l’ordre. Une opération qui marque un tournant dans l’histoire de la Résistance et inspira Joseph Kessel pour son Armée des Ombres.

La mairie actuelle abritait pendant la Seconde Guerre mondiale le commissariat de police 

Il est pas loin de 21h30 ce 24 mars 1943 lorsqu’on frappe vigoureusement à la porte de Justin Gouillard, maire de Beuvry-les-Béthune.
Quatre hommes font irruption. Du hameau de Gorre, où il réside, le groupe oblige l’élu à les conduire en voiture jusqu’à la mairie. En vérité, ce qui intéresse ces visiteurs du soir n’est pas la mairie en tant que telle, mais le commissariat, qui occupe alors le rez-de-chaussée du bâtiment.
 

C’est là que travaillent le commissaire Yves Thery et ses hommes. Yves Thery a alors 32 ans. Comme bon nombre de ses pairs, il collabore activement dans la lutte contre les réseaux de la Résistance. Pour sa chasse aux « terroristes », il a même été décoré pour son zèle par Vichy. 

C’est dans ce cadre qu’il avait arrêté quelques semaines auparavant un certain Henri Fievez, membre des Francs tireurs partisans (FTP) du Pas-de-Calais. Un prisonnier qui, lors de son interrogatoire, entend Thery être appelé par son nom. Le commissaire l’ignore mais son destin est plié. Car Fievez a la bonne idée de s’évader une fois livré à la Gestapo.
La Résistance décide de l’exécution d’Yves Thery. Et c’est cette nuit du 24 mars qu’elle passe à l’action. À la manœuvre : le groupe Charles Debarge, du nom d’un résistant tué en août 1942. Le commando est conduit par Jean Lefebvre, alias « Ma Cagnotte », originaire de Beuvry même.
 

Quand ils voient le maire se présenter à leur bureau, les policiers ouvrent sans méfiance. L’un d’eux est aussitôt saisi et ligoté. Un autre parvient à fuir. Mais le commissaire n’est pas là. Une première fusillade éclate avec un brigadier arrivé sur les lieux. C’est alors que Thery, alerté, déboule en compagnie de l’adjudant de gendarmerie Siroen. Les deux hommes sont abattus au fusil-mitrailleur depuis la porte de la mairie. Le groupe de FTP prend la fuite. Le corps sans vie de Jules Martin, un autre policier, est découvert dans le bâtiment. L’opération a fait trois morts, tous membres des forces de l’ordre. L’onde de choc est nationale. La presse collaborationniste fustige ces « bandits », ces « terroristes », ces « assassins ». 

Le préfet lance un appel pour retrouver Jean Lefebvre, Louis Caron, Augustin Dellerue, Alexandre Bove, Marcel Bodelot et Henri Duriez, membres présumés du commando (1). 

Le 27 mars, à l’occasion d’obsèques nationales à Béthune, c’est devant le très anti-communiste préfet Carles et les autorités allemandes que René Bousquet en personne, sinistre secrétaire général de la police de Vichy – il organisa la rafle du Vél’d’hiv –, prononce l’éloge funèbre. 

« Les policiers vendus aux Boches qui arrêtent et torturent les patriotes doivent savoir que l’exemple de Beuvry sera suivi », écrit en 1943 Joseph Kessel dans un passage de  L’Armée des ombres.
De fait, l’attaque de Beuvry marque un tournant. « 
Les policiers plongent dans l’inaction, la peur… Ils sont devenus des cibles prioritaires, explique l’historien Yves Le Maner (2). Dans les semaines qui suivent, les résultats des perquisitions sont médiocres, le nombre d’arrestations s’effondre ». Les Allemands ne pouvant plus compter sur une collaboration efficace vont dès lors opter pour une répression sauvage… 

(1) Dellerue et Bodelot seront tués au combat à Rouen en 1943, Lefebvre et Bove seront fusillés à Arras en 1943, Louis Caron guillotiné à Cuincy en 1943. 
(2) Auteur avec Yves Dejonghe du Nord Pas-de-Calais dans la main allemande, La Voix Éditions, 432 p. 39 €. 


Source : La Voix du Nord 14/03/2021